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Quelques conseils à l’usage des pratiquants impliqués dans l’enseignement de l’Aikibudo et du Kobudo ou ayant le projet de devenir enseignant

 

Avant de se «lancer» dans l’enseignement de l’Aikibudo ou du Kobudo, il faut a priori évaluer sa réelle disponibilité dans le temps, car il s’agit d’une implication, d’un engagement à moyen et long terme.

Il faut avoir la passion d’enseigner et d’aider les autres mais cela a un prix. Il faut évaluer l’impact de cet engagement en temps versus le travail, les études, la famille et sa propre vie en général. D’autre part, il est important de se maintenir à un niveau technique adéquat par des stages et une pratique personnelle régulière.

Le professeur a une mission, qui est de faire découvrir et aimer l’Aikibudo et le Kobudo, deux disciplines non compétitives, mais combien éducatives : un art en soi. Il doit développer une pédagogie adaptée et dégager un certain charisme. Pour ses élèves, il représente un modèle, un exemple à suivre, mais ces caractéristiques ne doivent jamais être entachées de prétention. La modestie est de mise. De plus, si la ponctualité est la politesse des rois, elle est, pour un professeur, une marque de respect envers ses élèves. Le professeur n’est pas là pour «impressionner» mais pour transmettre la matière technique, les valeurs de la discipline et les règles qui la régissent.

Il faut accepter les différences et objectifs propres à chacun des pratiquants, tenir compte des différences d’âge et d’aptitudes. Il est important de ne pas oublier que chaque pratiquant est important, même si certains sont plus doués que d’autres. Le timbre de voix doit être puissant, sans jamais être agressif ou cassant. Il est essentiel de savoir choisir ses mots, afin d’expliquer par des phrases courtes et précises le message à passer. La pédagogie n’est pas un flot verbal mais doit être basée sur un langage simple et précis. Les gestes doivent être faits pour être facilement observés et reproduits. Bannir le «je» en se situant à un niveau plus général. Il est impératif de ne jamais dénigrer les autres arts martiaux et d’éviter toute polémique. Si on n’est pas certain de la réponse à donner à une question, au lieu d’afficher une fausse assurance, il est préférable de donner seulement des éléments de réponse.

Le professeur est celui qui dirige et anime le cours. Il ne doit jamais perdre le contrôle du cours. Il est la main de fer dans un gant de velours. Dans son dojo, le professeur est le représentant de l’association à laquelle il est affilié. C’est donc à lui qu’il incombe de faire respecter les règles de son organisme. De plus, il doit faire accepter par ses étudiants toute décision des membres du jury d’examen de Dan. Une dérogation lui est accordée pour l’attribution des grades Kyu dans son dojo. C’est là un privilège, mais ce peut aussi être une tâche ingrate : en cas de doute, la Commission technique est toujours à votre disposition.

Lorsque vient le temps de préparer les étudiants aux examens, on remarque que certains «figent». Il est alors important de ne pas placer ces personnes dans une situation difficile et d’être patient avec elles. Il faut les préparer à démontrer leurs connaissances devant leurs pairs et les amener à être plus en confiance. Il faut alors prodiguer des conseils plus personnalisés.

Sur le plan technique de l’enseignement, svp ne pas trop déborder du programme respectif de chacun des grades Kyu et Dan. Le programme relatif à chaque grade est suffisamment vaste pour y puiser un intérêt constant. Il convient de ne pas «brûler» les étapes. Les démonstrations des techniques que vous exécutez doivent être précises : elles doivent être faites sans jamais chercher à épater mais avec un seul but : faire comprendre.

Il est recommandé de varier le choix des partenaires retenus pour la démonstration. De plus, puisque l’objectif est de permettre à chacun des pratiquants d’atteindre un bon niveau technique, il faut apporter les correctifs nécessaires à petites touches, en considérant une chose à la fois.

Il faut bien inculquer la notion de partenaire, qui est différente de celle d’adversaire. Les clés ou les projections doivent être faites avec retenue et dans le respect du partenaire, sans lequel il n’y a pas de progression possible.

Une certaine maîtrise des déplacements et des chutes (surtout les roulades) est nécessaire dans notre art. Il est donc important de les exécuter en proposant de nombreux éducatifs dynamiques et attrayants. En ce qui a trait à la chute avant (roulée), certaines personnes éprouvent un blocage; il faut être patient, elles finiront par y arriver. Plus tard, au moment de la ceinture marron (1er Kyu), l’apprentissage de 2 ou 3 sutemis doit passer par des éducatifs permettant d’aborder ces techniques qui restent complémentaires. Par contre, la notion de randori est cruciale. Ses éléments clé sont les suivants : tai sabaki (déplacements), canalisation, tsukuri (placement : préparation de la technique), zanshin (attention, vigilance active), variété des techniques propres à chaque grade, maîtrise dans l’exécution.

Notre art comporte deux volets : l’Aikibudo et le Kobudo. Il est donc essentiel de bien savoir «doser» les contenus de cours. En ce qui concerne le Kobudo et la pratique des Iai, il est recommandé de commencer l’apprentissage avec le bokto, en utilisant la saya en plastique (peu coûteuse), ce qui permet d’éviter de prendre de mauvaises habitudes qui sont difficiles à rectifier par la suite. Pour les plus avancés, il est préférable, si possible, d’utiliser un iaito. La précision doit avoir préséance sur la quantité (ou le nombre de katas).

Il n’y a pas de code d’éthique  spécifique pour les professeurs mais le bon sens doit servir de base.

En ce qui concerne les saluts et la tenue vestimentaire, s’il-vous-plaît vous référer aux documents produits par les commissions techniques.

Le maraudage et la sollicitation envers des membres d’un autre dojo est chose proscrite, même les invitations à venir «faire une petite visite».

Par respect, un professeur doit s’abstenir de critiquer un autre collègue; encore une fois, le respect se mérite.

Le professeur doit être conscient de sa position d’autorité, mais ne doit jamais en abuser.

Lors des cours, il y a plusieurs facteurs à considérer : le nombre de pratiquants, la température, le niveau technique du groupe. Si la situation l’impose, il faut pouvoir faire plusieurs sous-groupes.

Au sein du dojo, il faut développer le concept de sampai/koai (anciens, nouveaux) avec ce que cela comporte de responsabilités.

L’atmosphère au dojo est la clé de la «bonne santé» du groupe; c’est au professeur d’inculquer cet esprit.

Il ne faut pas se concentrer sur «les meilleurs», mais sur l’ensemble du groupe.

Enfin, il faut impérativement prendre note du document de l’AAKQ (ouverture d’un dojo).

 

Raymond Damblant