Montréal, le 19 juillet 2025
Le Club Budo, ses professeurs, assistants, élèves, membres de l’exécutif et anciens pratiquants tiennent à rendre un hommage solennel à Maître Raymond Damblant, fondateur de notre dōjō, qui s’est éteint le 19 juillet 2025, à l’âge de 94 ans.
Né en France en 1931, Maître Damblant découvre le judo en 1947. Son parcours martial traverse les décennies, les continents et les disciplines. En 1959, il quitte l’Europe pour s’installer au Québec, où il consacrera plus de soixante-cinq ans de sa vie à bâtir, transmettre et faire rayonner les arts martiaux japonais. Il fondera notamment Judo Québec en 1966 et le Club Budo de Montréal. Il formera des centaines de ceintures noires — en judo, en aïkibudo, en kobudo — et contribuera de manière déterminante à l’histoire des arts martiaux au Canada. Il fut également le premier Canadien à devenir arbitre international A, officiera à de multiples championnats mondiaux, et dirigera la compétition de judo lors des Jeux olympiques de Montréal en 1976. En reconnaissance de son œuvre, il fut promu 9e dan en judo, 8e dan en aïkibudo, Menkyo Okuden en kobudo – Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu, et fut fait Chevalier de l’Ordre de Montréal en mai 2025.
Mais au-delà des titres et des grades, c’est l’homme que nous pleurons.
Maître Damblant, c’était une présence forte, toujours attentive. Il savait dire exactement ce qu’il fallait. Il savait reconnaître la valeur des gens avant même qu’ils ne la voient en eux-mêmes. Sa bienveillance n’était pas molle : elle était exigeante. Il voulait le meilleur de chacun — non pas pour la performance, mais pour l’accomplissement.
Comme enseignant, il unissait rigueur et chaleur humaine. Il savait être ferme sans jamais humilier, enseigner sans jamais écraser. Son autorité était naturelle. Il incarnait ce que signifie être un Senseï : non pas un simple instructeur, mais un guide de vie, une figure de repère, un miroir silencieux. Ses enseignements portaient autant sur l’attitude que sur la technique, sur la façon de marcher que sur la façon de chuter. Il formait des corps, mais aussi des esprits.
Il avait l’âme d’un bâtisseur et la constance d’un artisan. Dans le judo, il fut l’un des fondateurs du paysage canadien. Dans l’aïkibudo et le kobudo, il fut un pionnier, entretenant des relations directes et profondes avec les maîtres français comme Maître Alain Floquet et les maîtres japonais comme Hatakeyama Gorō Senseï, Yoshio Sugino Senseï, ou encore Minoru Mochizuki Senseï. Il a voyagé au Japon vingt-trois fois, vécu au plus près de la tradition, reçu et transmis une connaissance rare, forgée dans la fidélité et l’humilité.
Cultivé, curieux de tout, il suivait avec acuité les enjeux du monde, les dynamiques sociales, les mouvements politiques, et les mutations des idées. Il lisait, apprenait, partageait. Grand amateur de gastronomie du monde, il savait apprécier les mets raffinés comme les saveurs simples, avec un plaisir sincère et un humour joyeux.
Sa générosité allait bien au-delà du tatami. Combien de fois a-t-il dit : « Viens dans mon bureau » — pour écouter, consoler, conseiller. Pour parler de tout, c’est-à-dire aussi des choses de la vie, des joies comme des tristesses. Pour plusieurs d’entre nous, il fut un appui moral, un phare silencieux, une présence paternelle.
Il avait cette qualité rare : il laissait une empreinte. Aujourd’hui encore, en arrivant au dōjō, certains d’entre nous s’inclinent en silence vers sa photo, comme on saluait sa présence vivante. Il était toujours là, souvent arrivé avant tout le monde. Il est encore là, à sa manière.
Maître Damblant ne nous a pas quittés. Il demeure dans chaque salut, chaque transmission, chaque exigence que nous nous imposons. Sa mémoire vivra tant que nous pratiquerons avec respect, tant que nous transmettrons à notre tour ce qu’il nous a légué.
Avec gratitude, respect et affection.
Dōmo arigatō gozaimashita, Maître Damblant.



